Il était une fois,
Un prince malheureux, orphelin depuis plusieurs années déjà. Imaginez-vous, un grand gaillard plutôt enrobé, d’âge plutôt mature, qui pleure et qui pleure, jour et nuit, convaincu que personne ne peut l’aimer.
Il traînait, ce qu’il appelait lui même sa grosse carcasse inutile dans les corridors du château, fracassant de ses poings les quelques miroirs qui auraient résisté à ses précédents passages. Car le prince malheureux avait une phobie des miroirs. Avec raison d’ailleurs, car chaque fois qu’il en regardait un, il n’y voyait que « ce qui n’était pas ».
La dernière fois, il avait vu sa mère, la Reine de Glace, à ses côtés. Elle le serrait dans ses bras, un sourire charmant, plein de tendresse, et lui, la regardait intensément, les yeux brillant, savourant chaque seconde, se gavant de cet amour impossible…
Prince malheureux pleurait au moins une fois par jour, ça faisait partie de sa routine, comme de répondre aux courriers officiel, de donner ses consignes à ses subalternes, de marcher dans le jardin ou de passer un peu de temps avec Marina, sa promise.
Marina était, malgré les apparences, ce qui était arrivée de mieux dans la vie du prince malheureux. Avec elle, il riait plus souvent qu’il ne pleurait, il pouvait tout lui dire et elle passait des heures à patiemment l’écouter se lamenté sur les complexités du royaume qu’il devait gérer. Sensible, elle l’accueillait les bras ouvert quand il voulait un câlin ou quand il voulait soulager sa peine. Marina était princesse du royaume voisin, et ensemble ils étaient prédestinés à régner sur le grand royaume unifié.
Mais, tant que prince malheureux demeurait malheureux, le grand précepteur Surmoinesque le remplaçait à la tête du royaume et empêchait le prince d’accomplir sa destiné. Le grand Surmoinesque mettait beaucoup de pression sur le prince pour qu’il se comporte comme le devrait un prince. Selon lui, il n’était jamais assez ceci ou trop de cela. Et le prince se faisait donc critiquer jour et nuit. Et il continuait à pleurer, jour et nuit. Se demandant pourquoi, personne ne l’aimait.
Jusqu’au jour où il croisa la fée Cendrine, la scintillante.
La première fois, c’était lors d’une cérémonie officielle où il devait remplir des tonnes de papiers. Elle était apparue un instant, lui avait souris gentiment et s’était éloigné dans un battement d’aile gracieux. C’est presque une année plus tard qu’il l’avait revue, à la grande fête inter-monde, où toutes espèces ou races confondues, les Grands des dix milles royaumes se réunissaient pour jouer, rire et rêver ensemble…
Peu à peu, au fil de ses rencontres hebdomadaires, Cendrine était devenue familière, un élément de plus dans sa routine. Comme Marina, elle réussissait parfois à le faire rire, mais jamais elle ne lui donnait cette tendresse que seule Marina savait donner. Cendrine avait bien d’autres prétendants à s’occuper et n’offrait au prince qu’une certaine complicité amicale dans les jeux de la fête inter-monde. Malgré cela, si le prince avait été plus conscient de ce qu’il vivait, il aurait pu réaliser le potentiel que Marina et Cendrine lui offrait sans se consulter. Une sorte d’équilibre entre les moments de tendresse et d’amour d’une, et les moments de rigolade et d’amitié de l’autre. Mais le prince malheureux était plutôt aveuglé par son mal d’être et condamné à le rester s’il ne réussissait pas à s’affranchir de son grand Surmoinesque.
Puis un jour, quelque chose d’extraordinaire bouleversa toute la vie du prince malheureux. C’était l’un de ses soirs où, à la fête inter-monde, les royaumes enchantés montaient une petite saynète en l’honneur du prince. Celui-ci était très heureux d’y être car Cendrine allait se donner en spectacle pour la première fois. Mais jamais il n’aurait pu imaginer l’impact que cela allait avoir sur lui.
Cendrine était descendue du ciel, dans un battement d’ailes gracieux. Ces cheveux flottaient au vent dans un mouvement de vague hypnotisant. Prince malheureux était cloué sur sa chaise, plus heureux que jamais. Cendrine faisait une de ses danses du ventre envoûtantes où toutes ses formes, à peine voilée par sa petite robe féerique, semblaient lui lancer des appels de détresse. Prince se leva d’un bond comme attiré par cette force d’attraction soudaine. Il voulu faire un pas vers Cendrine qui semblait danser uniquement pour lui. Qui le regardait de ses grands yeux bruns orangés, un sourire parfait, dans une position de déesse, à qui on voudrait offrir tout ce qu’on possède comme offrande. Puis, il s’arrêta net avant d’être pris de convulsion et de s’enflammer. Littéralement, le prince malheureux se transforma en torche humaine qui couru s’éteindre en se jetant dans le lac sacré des peines éternelles.
Prince malheureux mis plusieurs jours à s’en remettre. Heureusement, Marina était là pour panser ses blessures et le rassurer que tout allait bien, qu’il souffrait d’un vieux mal, typique des orphelins, et légendaire dans la famille de la Reine de Glace. Un autre héritage familial maléfique comme sa peur des miroirs…
Prince malheureux, tout habitué de souffrir qu’il était, ne voulut pas écouter Marina qui lui suggérait de laisser d’abord guérir ses blessures, ni d’écouter le grand Surmoinesque qui recommandait d’annuler toutes les fêtes inter-monde, et il retourna voir, encore et encore, Cendrine danser pour lui. Il avait beau être prudent, l’observer à distances, son cœur battait la chamade et il s’enflammait, soir après soir, fête après fête…
Et prince malheureux était de plus en plus malheureux, malgré les bons soins de Marina, qui pourtant devenait impatiente face à son promis qui se comportait de façon si anormale. Elle devait aussi subir les critiques du grand Surmoinesque qui exigeait que tout entre dans l’ordre.
Et Cendrine là-dedans, se demandait bien pourquoi chacun de ses spectacles prenait fin par la combustion spontanée d’un convive que certainement, elle aimait bien. Elle chercha à le revoir en dehors du spectacle et ça se passait plutôt bien malgré leur peur que tout ça se termine dans un feu de paille. Tant qu’elle ne se produisait pas en spectacle devant lui, ça allait bien. Ils riaient ensemble, se découvrait des points en commun, partageait leur vécu et par conséquence, le prince malheureux avait l’air de plus en plus heureux. Et ça se voyait même de plus en plus, encore plus qu’avant, quand il se retrouvait avec Marina. Parfois, celle-ci avait même l’impression qu’ils allaient enfin accomplir leur destin.
Mais le Grand Surmoinesque, qui voyait d’un mauvais œil l’évolution du prince malheureux, décida de saboter la transformation en cours. Il interdit tout contact entre Cendrine et le prince, en dehors des fêtes inter-monde. Si bien que le prince, n’eut d’autre choix, pour rencontrer Cendrine, que d’assister à ses spectacles. Et les combustions reprirent de plus belle, un peu moins forte tout de même, car le prince réussissait à se contrôler : le feu s’enflammait plus tard et s’éteignait plus vite.
Tout ça se poursuivit pendant plusieurs semaines encore, jusqu’au jour où le prince fit une découverte étonnante. Alors qu’il se faufilait dans les coulisses du spectacle, cherchant l’occasion de voir Cendrine sans s’enflammer, il tomba sur un trucage de scène. Un grand miroir faisait partie du décor. Et le prince compris ce qui lui arrivait. Cendrine n’apparaissait pas sur scène comme il l’avait toujours vu, la scène ne permettait de voir en réalité, que le grand miroir. Il n’avait vu que son reflet dans un miroir, et un miroir comme tous les autres, qui lui envoyait une image déformée, où il n’y voyait que « ce qui n’était pas là ».
Il voulu détruire immédiatement cet autre miroir maléfique, mais Marina lui fit comprendre qu’il y avait des moyens plus efficace de se défaire de cette malédiction. Et ensemble, ils commencèrent à assister au spectacle de Cendrine mais d’un autre point de vue. Le prince ne regarda plus à travers le miroir et il vit que Cendrine ne dansait pas pour lui, et ne provoquait pas autant de battement de cœur que d’habitude. Elle était belle et gentille, soit, mais elle n’avait plus la capacité de l’enflammer.
Le prince ne brisa jamais le miroir, pour se rappeler la différence entre le rêve et la réalité. Et parfois, il y jette un œil, pendant un court moment. Insuffisant pour s’enflammer, mais juste assez pour se rendre compte de son évolution : même dans le miroir, Cendrine paraît plus vraie, plus proche de la réelle fée qu’elle est.
Finalement, le prince malheureux se cherche un nouveau nom et un nouveau titre. Il est de plus en plus heureux et de plus en plus en contrôle de sa vie. Il a jeté au cachot le Grand Surmoinesque pour essayer de limiter son influence et il se prépare à unifier solidement son royaume à celui de Marina, sa douce promise. Et il continue de voir Cendrine, pour rire et jouer avec elle, pour vivre leurs moments complices, pour développer leur amitié, gage d’un équilibre inter-monde plus harmonieux. Et, il ne casse plus les miroirs. Ils les apprivoisent doucement, à un point tel qu’il commence à y voir sa réalité. Et elle est plus belle que tout ce qu’il avait pu imaginer.
FIN.
Un prince malheureux, orphelin depuis plusieurs années déjà. Imaginez-vous, un grand gaillard plutôt enrobé, d’âge plutôt mature, qui pleure et qui pleure, jour et nuit, convaincu que personne ne peut l’aimer.
Il traînait, ce qu’il appelait lui même sa grosse carcasse inutile dans les corridors du château, fracassant de ses poings les quelques miroirs qui auraient résisté à ses précédents passages. Car le prince malheureux avait une phobie des miroirs. Avec raison d’ailleurs, car chaque fois qu’il en regardait un, il n’y voyait que « ce qui n’était pas ».
La dernière fois, il avait vu sa mère, la Reine de Glace, à ses côtés. Elle le serrait dans ses bras, un sourire charmant, plein de tendresse, et lui, la regardait intensément, les yeux brillant, savourant chaque seconde, se gavant de cet amour impossible…
Prince malheureux pleurait au moins une fois par jour, ça faisait partie de sa routine, comme de répondre aux courriers officiel, de donner ses consignes à ses subalternes, de marcher dans le jardin ou de passer un peu de temps avec Marina, sa promise.
Marina était, malgré les apparences, ce qui était arrivée de mieux dans la vie du prince malheureux. Avec elle, il riait plus souvent qu’il ne pleurait, il pouvait tout lui dire et elle passait des heures à patiemment l’écouter se lamenté sur les complexités du royaume qu’il devait gérer. Sensible, elle l’accueillait les bras ouvert quand il voulait un câlin ou quand il voulait soulager sa peine. Marina était princesse du royaume voisin, et ensemble ils étaient prédestinés à régner sur le grand royaume unifié.
Mais, tant que prince malheureux demeurait malheureux, le grand précepteur Surmoinesque le remplaçait à la tête du royaume et empêchait le prince d’accomplir sa destiné. Le grand Surmoinesque mettait beaucoup de pression sur le prince pour qu’il se comporte comme le devrait un prince. Selon lui, il n’était jamais assez ceci ou trop de cela. Et le prince se faisait donc critiquer jour et nuit. Et il continuait à pleurer, jour et nuit. Se demandant pourquoi, personne ne l’aimait.
Jusqu’au jour où il croisa la fée Cendrine, la scintillante.
La première fois, c’était lors d’une cérémonie officielle où il devait remplir des tonnes de papiers. Elle était apparue un instant, lui avait souris gentiment et s’était éloigné dans un battement d’aile gracieux. C’est presque une année plus tard qu’il l’avait revue, à la grande fête inter-monde, où toutes espèces ou races confondues, les Grands des dix milles royaumes se réunissaient pour jouer, rire et rêver ensemble…
Peu à peu, au fil de ses rencontres hebdomadaires, Cendrine était devenue familière, un élément de plus dans sa routine. Comme Marina, elle réussissait parfois à le faire rire, mais jamais elle ne lui donnait cette tendresse que seule Marina savait donner. Cendrine avait bien d’autres prétendants à s’occuper et n’offrait au prince qu’une certaine complicité amicale dans les jeux de la fête inter-monde. Malgré cela, si le prince avait été plus conscient de ce qu’il vivait, il aurait pu réaliser le potentiel que Marina et Cendrine lui offrait sans se consulter. Une sorte d’équilibre entre les moments de tendresse et d’amour d’une, et les moments de rigolade et d’amitié de l’autre. Mais le prince malheureux était plutôt aveuglé par son mal d’être et condamné à le rester s’il ne réussissait pas à s’affranchir de son grand Surmoinesque.
Puis un jour, quelque chose d’extraordinaire bouleversa toute la vie du prince malheureux. C’était l’un de ses soirs où, à la fête inter-monde, les royaumes enchantés montaient une petite saynète en l’honneur du prince. Celui-ci était très heureux d’y être car Cendrine allait se donner en spectacle pour la première fois. Mais jamais il n’aurait pu imaginer l’impact que cela allait avoir sur lui.
Cendrine était descendue du ciel, dans un battement d’ailes gracieux. Ces cheveux flottaient au vent dans un mouvement de vague hypnotisant. Prince malheureux était cloué sur sa chaise, plus heureux que jamais. Cendrine faisait une de ses danses du ventre envoûtantes où toutes ses formes, à peine voilée par sa petite robe féerique, semblaient lui lancer des appels de détresse. Prince se leva d’un bond comme attiré par cette force d’attraction soudaine. Il voulu faire un pas vers Cendrine qui semblait danser uniquement pour lui. Qui le regardait de ses grands yeux bruns orangés, un sourire parfait, dans une position de déesse, à qui on voudrait offrir tout ce qu’on possède comme offrande. Puis, il s’arrêta net avant d’être pris de convulsion et de s’enflammer. Littéralement, le prince malheureux se transforma en torche humaine qui couru s’éteindre en se jetant dans le lac sacré des peines éternelles.
Prince malheureux mis plusieurs jours à s’en remettre. Heureusement, Marina était là pour panser ses blessures et le rassurer que tout allait bien, qu’il souffrait d’un vieux mal, typique des orphelins, et légendaire dans la famille de la Reine de Glace. Un autre héritage familial maléfique comme sa peur des miroirs…
Prince malheureux, tout habitué de souffrir qu’il était, ne voulut pas écouter Marina qui lui suggérait de laisser d’abord guérir ses blessures, ni d’écouter le grand Surmoinesque qui recommandait d’annuler toutes les fêtes inter-monde, et il retourna voir, encore et encore, Cendrine danser pour lui. Il avait beau être prudent, l’observer à distances, son cœur battait la chamade et il s’enflammait, soir après soir, fête après fête…
Et prince malheureux était de plus en plus malheureux, malgré les bons soins de Marina, qui pourtant devenait impatiente face à son promis qui se comportait de façon si anormale. Elle devait aussi subir les critiques du grand Surmoinesque qui exigeait que tout entre dans l’ordre.
Et Cendrine là-dedans, se demandait bien pourquoi chacun de ses spectacles prenait fin par la combustion spontanée d’un convive que certainement, elle aimait bien. Elle chercha à le revoir en dehors du spectacle et ça se passait plutôt bien malgré leur peur que tout ça se termine dans un feu de paille. Tant qu’elle ne se produisait pas en spectacle devant lui, ça allait bien. Ils riaient ensemble, se découvrait des points en commun, partageait leur vécu et par conséquence, le prince malheureux avait l’air de plus en plus heureux. Et ça se voyait même de plus en plus, encore plus qu’avant, quand il se retrouvait avec Marina. Parfois, celle-ci avait même l’impression qu’ils allaient enfin accomplir leur destin.
Mais le Grand Surmoinesque, qui voyait d’un mauvais œil l’évolution du prince malheureux, décida de saboter la transformation en cours. Il interdit tout contact entre Cendrine et le prince, en dehors des fêtes inter-monde. Si bien que le prince, n’eut d’autre choix, pour rencontrer Cendrine, que d’assister à ses spectacles. Et les combustions reprirent de plus belle, un peu moins forte tout de même, car le prince réussissait à se contrôler : le feu s’enflammait plus tard et s’éteignait plus vite.
Tout ça se poursuivit pendant plusieurs semaines encore, jusqu’au jour où le prince fit une découverte étonnante. Alors qu’il se faufilait dans les coulisses du spectacle, cherchant l’occasion de voir Cendrine sans s’enflammer, il tomba sur un trucage de scène. Un grand miroir faisait partie du décor. Et le prince compris ce qui lui arrivait. Cendrine n’apparaissait pas sur scène comme il l’avait toujours vu, la scène ne permettait de voir en réalité, que le grand miroir. Il n’avait vu que son reflet dans un miroir, et un miroir comme tous les autres, qui lui envoyait une image déformée, où il n’y voyait que « ce qui n’était pas là ».
Il voulu détruire immédiatement cet autre miroir maléfique, mais Marina lui fit comprendre qu’il y avait des moyens plus efficace de se défaire de cette malédiction. Et ensemble, ils commencèrent à assister au spectacle de Cendrine mais d’un autre point de vue. Le prince ne regarda plus à travers le miroir et il vit que Cendrine ne dansait pas pour lui, et ne provoquait pas autant de battement de cœur que d’habitude. Elle était belle et gentille, soit, mais elle n’avait plus la capacité de l’enflammer.
Le prince ne brisa jamais le miroir, pour se rappeler la différence entre le rêve et la réalité. Et parfois, il y jette un œil, pendant un court moment. Insuffisant pour s’enflammer, mais juste assez pour se rendre compte de son évolution : même dans le miroir, Cendrine paraît plus vraie, plus proche de la réelle fée qu’elle est.
Finalement, le prince malheureux se cherche un nouveau nom et un nouveau titre. Il est de plus en plus heureux et de plus en plus en contrôle de sa vie. Il a jeté au cachot le Grand Surmoinesque pour essayer de limiter son influence et il se prépare à unifier solidement son royaume à celui de Marina, sa douce promise. Et il continue de voir Cendrine, pour rire et jouer avec elle, pour vivre leurs moments complices, pour développer leur amitié, gage d’un équilibre inter-monde plus harmonieux. Et, il ne casse plus les miroirs. Ils les apprivoisent doucement, à un point tel qu’il commence à y voir sa réalité. Et elle est plus belle que tout ce qu’il avait pu imaginer.
FIN.
* * * * *
J’ai découvert dernièrement que je me comportais exactement comme quelqu’un qui a un schéma de personnalité qu’on appelle le carencé. C’est bizarre pour un psy de se reconnaître dans quelque chose qui se manifeste habituellement, chez ses clients. Je serais tenté de vous faire croire que je vous parle ici d’un de mes clients, ce ne serait qu’à moitié faux d’ailleurs, car j’en ai aidé des personnes à assouplir un tel schéma, et je pense l’avoir fait plutôt bien… c’est juste un peu plus compliqué de se traiter soi-même. Mais je pense que mon expérience personnelle peut servir d’exemple pour illustrer mon propos et, qui sait, aider certains d’entre vous.
Un schéma de personnalité est un ensemble de comportements, d’attitudes, de croyances, de façon de penser, de ressentir ou d’interpréter la réalité, qui s’est développer progressivement tout au long de notre vie pour nous aider à faire face à nos difficulté.
Chez moi, c’est la mort de mon père quand j’avais 3 ans et le manque de disponibilité affective de ma mère qui a démarré la construction de ce schéma. Et la mort de ma mère en 2004 n’a fait qu’accentuer la force du schéma du carencé.
Un schéma agit comme un filtre qui déforme la réalité de façon à ce qu’on soit convaincu de son utilité, il s’arrange pour nous maintenir dans le malaise qui justifie sa présence.
Le carencé est convaincu que les autres ne l’aime jamais assez. En fait, tous ses proches ne le nourrissent jamais assez. Il a toujours besoin de plus. Il en veut plus ! Il n’est jamais totalement satisfait de ce qu’il a. Il conjugue sa vie avec le verbe AVOIR, convaincu d’être heureux s’il AVAIT, mais convaincu aussi qu’il N’A PAS. Et cela se manifeste dans toute les sphères de sa vie : sa blonde, ses amis, ses loisirs, ses passions, son travail, sa maison, ne le satisfont jamais. Et s’il ne fait pas d’effort pour changer ça, c’est parce qu’il est convaincu qu’il ne sera jamais comblé. Qu’il ne sera jamais aimé comme il aurait aimé être aimé. C’est la première caractéristique du carencé, insatisfait passif, qui le conduit souvent à l’isolement social, l’exclusion, la dépendance affective ou l’évitement… Beau portrait n’est-ce pas ?
Mais ce n’est pas suffisant. La deuxième caractéristique principale est la tendance à rechercher, à être attiré par ce qui est impossible à avoir. En amour, c’est évident, ce sont les personnes déjà engagé auprès de quelqu’un d’autre, non disponible, qui ne s’intéresse pas à lui, ou tout simplement incompatible, qui les attire le plus. Leurs idéaux sont démesurés, ils veulent devenir le plus grand écrivain, l’artiste le plus populaire, un grand psychologue ou un acteur oscarisé… Mais ils ont peu tendance à FAIRE ce qu’il faut pour y arriver. Pourquoi ? Parce que si jamais ils réussissaient à atteindre leur but, le schéma n’aurait plus sa raison d’être. En se centrant sur l’IMPOSSIBLE, il se maintien dans la carence. Toutes ces femmes ou ces patrons qui ne veulent pas de lui, le confirme dans l’idée qu’il ne peut pas être aimé. Et donc qu’il doit se protéger contre la carence que cela provoque. Le schéma se maintien ainsi à jamais dans la passivité du rêveur solitaire qui imagine sa vie au lieu de la VIVRE.
Il vie dans sa tête, d’où peut-être, sa grande imagination, son sens du mélodrame, et ses tendances lunatiques. Souvent, il ne se sent pas doué pour le bonheur. Au quotidien, alors que sa vie semble correspondre exactement à ce qu’il veut, il sent monter en lui, à l’improviste, une profonde tristesse. Et quand il en cherche la source, il voit autour de lui ce qui lui manque, plutôt que ce qu’il a déjà. Par exemple : au lieu de bien profiter de l’amitié sincère que lui offre une belle femme, il se sent déçu de ne pas être son meilleur ami, ou son amoureux, ou son amant, et exige d’elle bien plus que ce qu’elle a envie de donner ; au lieu d’apprécier les petits moments, trop rare, passé en compagnie d’un vieil ami, il se plaint de ne pas le voir assez souvent, s’imagine que l’autre ne s’intéresse plus assez à lui, et coupe lui-même le lien, progressivement ; au lieu de savourer les moments intimes passer avec son amoureuse, il se centre sur les défauts de l’autre ou ses propres défauts, en imaginant que quelqu’un d’autre que lui ou elle, serait mieux qu’eux-même pour les rendre heureux… Et il développe des passions exagérées pour quelqu’un ou quelque chose, exagéré parce qu’il en oublie tout le reste, il n’arrive pas à accorder autant de temps et d’énergie à tout ce qu’il prétend aimer. Seule, une personne à la fois, une activité à la fois, monopolise toutes ses pensées. Le pire, c’est lorsque cette personne ou cette activité font partie du monde de l’impossible…
C’est ce que j’ai voulu exprimer à travers le conte du Prince malheureux. Je l’ai écris un matin, comme ça spontanément, alors que j’étais en train d’expérimenter mon schéma d’une manière assez surprenante. C’était la première fois de ma vie que j’arrivais à comprendre ce qui m’arrivait quand ce schéma était en plein action. Et parce que, tout au long de l’expérimentation, j’arrivais à communiquer ce que je ressentais directement aux personnes concernées, cela a eu un impact assez bouleversant. La solution, envisagée dans l’histoire, est assez difficile à vivre. Les bouquins de psy me conseillent par exemple de fuir les personnes qui provoquent chez soi-même notre schéma. Moi, j’ai décidé de l’affronter, de ne pas le laisser me faire perdre le plaisir que j’ai à côtoyer certaines personnes ou à faire certaine activité même si celles-ci ne peuvent me combler et qu’elles provoquent l’activation de mon schéma. Je me dis qu’à force de l’affronter, le schéma diminuera en intensité.
Est-ce que je me goure ? Quand je pleure pour rien, je me dis que oui. Quand je rigole en compagnie des gens que j’aime, je me dis que non.
Une amie m’a dit un jour : « Tu sais, de toutes les personnes que j'ai pu rencontrées dans ma vie, je pense que tu es la plus lucide face à tous les petits détails qui composent notre personnalité et qui affectent notre façon de voir la vie dans le quotidien. Sans pour autant que ça te rende la tâche facile, je pense que tu as tous les outils nécessaires pour avancer dans ton chemin, quelque soit l'obstacle qui puisse se présenter. »
Donc, je vote pour continuer à l’affronter. Qui n’essai rien n’a rien. On verra bien ce que ça va donner.
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