24.6.05

Je me souviens

Je ne me souviens pas de l'année. Probablement entre 76 et 80, après la prise du pouvoir du PQ et avant le référendum, au beau milieu de mon adolescence.
Les préparatifs de la St-Jean allait bon train sur la rue Des Érables, à Montréal. C'était probablement un 23 ou un 24 juin, le matin, et deux bénévoles étaient entrain d'accrocher à notre balustrade une superbe banderole de petit drapeau du Québec, qui de notre balcon du deuxième étage jusqu'à celui de notre voisin d'en face, allait faire un arche inversé au-dessus de la rue. La rue était déjà décorée du coin Rachel et allait l'être jusqu'à Marie-Anne. Nous étions tous heureux de participer à la fête, nous étions même fière d'être de ceux qui avait l'honneur de porter les couleurs du Québec (nous étions simplement chanceux, une maison sur deux portaient des banderoles).
Soudain, sans prévenir, les bénévoles durent faire face à une attaque carabinée (armée d'un balais) d'une vieille sorcière qui criait à tue tête, rouge de colère, des sons incompréhensibles, en postillonant vers eux. Surpris (désagréablement surpris), ils hésitèrent avant de descendre nos marches de peur de se mettre dans la trajectoire des postillons ou dans le rayon d'action du balais furieux. Ils prirent un temps fou à comprendre que notre vieille fille de charmante propriétaire leur interdissait d'accrocher une banderole à sa maison. Une foule composée de voisins et autres bénévoles éberlués s'était déjà rassemblée sur le trotoir ou dans la rue, à bonne distance des projectiles, lorsqu'un responsable de la fête arriva comme négociateur pour dénouer l'impasse. Finalement, après un dialogue de sourd, nous le devenions tous quand la proprio criait, c'est la banderole qui fut dénouée, malgré les protestations de toute une rue.
Nous nous retrouvames donc avec une rue drolement décorée : une banderole à toutes les deux maisons, l'absence de banderole pour quatre maison, puis l'alternance aux deux maisons qui se poursuit jusqu'au bout de la rue. Nous faisions tache au milieu de la fête. Nous devenions différents des autres mais d'une différence que nous ne voulions pas vivre. Nous avions tous le coeur à la fête, le gout d'exprimer notre vraie différence, d'affirmer notre identitée. Nous sommes Québécois...
Ma mère décida une fois de plus de braver l'interdit. Je n'ai jamais su si c'était juste pour faire plaisir à ses enfants, ou pour affirmer son patriotisme, ou pour le simple plaisir de braver l'interdit. Peu importe pourquoi, elle règla le problème d'une drole de façon. Pour pas que nous soyons la maison différente des autres (celle qui manque une banderole), elle en fit celle qui était différente des autres (avec une banderole unique en ce monde).
Quant à être différent, aussi bien choisir sa différence!
Nous avons passer la matinée à découper des bandes de tissu de toutes sortes (jeans finis, draps déchirés, vieilles robes démodées depuis cent ans) pour composer en les nouant bout à bout la corde de notre nouvelle banderole. Des triangles et des fleurs de lys improvisées furent découpé et attacher à notre corde pour mettre la touche finale à la plus belle banderole de la rue (seulement selon ma mère, je pense, du moins c'est ce qu'elle nous disait).
Évidemment, le début d'après-midi fut couronné par une sortie en règle de la sorcière mal-aimée mais celle-ci s'époumona pour rien. Les organisateurs de la fête ne pouvaient (ou ne voulaient) rien faire contre nous, et nous n'avions pas l'habitude d'obéir à notre propriétaire. Elle n'osa jamais sortir de sa cour et monter notre grand escalier pour décrocher elle-même la banderole, trop effrayée par mon grand frère aux cheveux longs et à la cigarette au bec qui veillait sur notre trésor national avec un petit sourire malicieux.
On ne la revit pas de la journée, ni de la soirée, ni de la nuit... Parce qu'en ce soir de fête, mon frère avait décidé de transformer notre balcon en discothèque. Lui et ses amis avaient instalé leurs plus grosses colonnes de son pour faire jouer tous les hits de l'époque. Il s'y connaissait en musique, si bien que notre partie de la rue, juste devant la porte de la propriétaire, devint noire de monde. La circulation routière avait été bloquée pour la journée. La fête officielle se déroulaient près du coin de Rachel alors que nous étions plus près de Marie-Anne. Ce soir là, il y eut deux sites pour le prix d'un. Et celui de mon frère se termina plus tard que l'autre, au grand dam de la sorcière.
C'est comme ça, et de bien d'autres façons encore, que ma mère m'a donné le goût d'affirmer ma fiertée d'être québécois... à moins que ce soit le goût d'affirmer mon droit d'être différent et de choisir ma différence.

6.6.05

Mélancolie ménagère

Faute d'un ménage dans ma vie, j'ai fais le ménage de ma chambre. J'y ai trouvé des factures de l'été dernier, des vêtements qui ne me font plus depuis plus d'un an, des livres que je croyais avoir perdu, des sous égarés (on se demande toujours où va notre argent), et des papiers mouchoirs dont j'ai oublié l'usage..
J'ai remis mes vieux toutous en place. Eh Oui... J'ai encore mon toutou de bébé, mon objet transitionnel. Il est en pluche, rugueux, l'air un peu miteux, d'un jaune ocre pas très net, avec une patte avant qui a perdu son rembourage et le fil de sa bouche qui pendouille... Mais c'est mon toutou. Il me rapelle comment le temps passe. Il a 40 ans déjà.
À côté de lui, il y a toutou George et toutou Georgette, les objets transitionnels de mon fils. Il sont tellement vieux pour lui qu'il ne les veut même plus dans sa chambre. C'est beau l'adolescence. Je les ai récupéré, peut-être parce que je ne voulais pas me détacher de son enfance... objet transitionnel j'vous dis!
C'est drôle, George et Georgette me rappelle ma mère et ses comportements étranges. C'est elle qui avait apporté Georgette, un toutou exactement identique au toutou George (unique) de mon fils, qui ne le quittait pas d'une semelle. À l'époque, je m'étais un peu fâché intérieurement, je pensais qu'elle faisait exprêt pour briser la relation exclusive que mon fils entretenait avec son toutou George (elle ne connaissait vraiment pas les problèmes de triangulation relationnelle). Je lui ai pardonné depuis.

"Une histoire d'amour, ça ne peut pas ce terminer en un seul jour... la la la ..."

Est-ce que vous vous souvenez de la musique de Love Story ? Je l'ai réécouté en faisant mon ménage. J'avais oublié ce petit coffre où je range les bijoux de ma femme. Vous savez, les petites boites à musique, avec un petit mécanisme qu'on remonte. Un petit rouleau qui tourne et qui fait tinter de petites lames de métal. Comme un piano mécanique.
J'avais oublié cette sonorité toute douce et crystaline. Et la façon dont la mélodie ralenti au fur et à mesure que le mécanisme se rapproche du moment où il devra être remonté. Et cette note finale qui reste en suspend...
J'avais oublié cette belle mélancolie.
J'avais oublié que cette boîte venait de ma mère.

J'ai redécouvert l'usage des papiers mouchoirs.

5.6.05

Espérer

Si tu es différent de tous ceux qui s'accrochent aux tarots, au bon dieu
L'horizon n'est pas loin, tu en verras la fin
Tu iras mieux
Si le monde ne va pas où tu vas

Si la vie n'est pas celle que tu crois
Si nulle part où aller, si personne à aimer que la nuit devant toi

Espérer, parce que la terre est belle
Quand une étoile s'éteint, elle n'éteint pas le ciel
Espérer, et encore et encore
A fatiguer la mort, à la faire hésiter

Si les hommes te font peur, te font taire
Parce qu'ils aiment juste l'amour à faire
Même si rien n'est normal, même si tout est fatal
C'est la vie, c'est l'enfer

Espérer, parce que ça vaut la peine
C'est pas toujours la haine, c'est aussi de l'amour
Espérer, parce que tu es en vie
Même si t'as pas choisi, ni l'endroit, ni le jour

Espérer, parce que la terre est belle
Quand une étoile s'éteint, elle n'éteint pas le ciel
Espérer, espère avec ton coeur
La réponse est en toi, la question est ailleurs
Espérer
Espérer


Paroles : Michel Sardou
Musique : Michel Sardou et Davy Sardou
Année : 2004
Chanson disponible sur l'album : Du plaisir

4.6.05

Purge manquée

Page blanche. Tout à coup je suis bouche-bée et doigts ballants.
Je n'ai pas le goût de gâcher un si beau parchemin. Par des mots trop simples ou inutiles. Par des phrases qui ne veulent rien dire. Par des images qui ne me ressembleraient pas assez. Car je voudrais y mettre du miens. Mais en même temps, je n'ai pas le goût de me livrer, de jeter mon âme sur papier, d'éttendre ma vie sur écran géant... Ou bien ais-je envie ? N'est-ce pas le but de l'exercice? N'est-ce pas mon rêve avoué depuis toujours. Écrire.
Je pensais vraiment que ça serait facile. J'avais dans l'idée de m'ouvrir sur mes blessures intérieures, sur mon deuil, sur le grand ménage que je pense devoir faire dans ma vie. Mais comme il a fallu beaucoup de temps pour créer ce blog, l'inspiration s'est dissipée.
La grande purge sera pour un autre jour. Préparez vos mouchoirs !