23.12.05

Lettre de M. Psytami

Ah! Comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! Comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j’ai, que j’ai !

J’ai toujours aimé cet extrait d’un classique de Nelligan et il me semble très à propos depuis quelques jours, depuis le drame qui me secoue maintenant en même temps que ma belle famille. Pourtant, à la mi-novembre, quand j’essayais de commencer cette lettre, je m’étais amusé à improviser des vers plus joyeux…

Ah ! Comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Qu’est-ce que ça me donne le gout de vivre.
Hourra ! l'hiver est enfin arrivé !
Ah ! Comme la neige va neiger !

Parce que pour moi, l’hiver est joyeux. Avec ses tourbillons de poudrerie qui transforment les pavés d’alsphate en gâteau marbé, ou avec le verglas qui enrobe chaque petite branche comme la miéline d'un axone pour nous renvoyer un décor féérique à souhait... J’adore l’arrivée de l’hiver. Enfin, de l'air frais qui empêche mon front de dégouter, de dégouliner, de me doucher... Je commence à me sentir mieux quand les grandes chaleurs prennent leur envol en même temps que des milliers de feuilles écarlates. Je suis vraiment excité par la chute des premiers flocons et je suis franchement satisfait quand un beau tapis blanc recouvre la grisaille de l’automne. En novembre, je souhaitais que cela arrive très tôt et que de gros flocons dansent au soleil et fasse disparaître tout ce vieux gazon grisonnant. Enfin, j'espérais qu'un tapis de neige m'attendrait chaque soirée pour donner cette clarté magique, cette impression qu'il fait clair au milieu de la nuit. Quand j'étais ado, ma mère me permettait de veiller plus tard lorsqu'une tombée de neige arrivait en fin de journée et provoquait une nuit blanche...
J’ai longuement hésité avant d’envoyer cette Lettre de M. Psytami qui se voulait joyeuse pour le temps des fêtes. J’avais, tout à coup, le goût soit de l’annuler complètement, soit d’en faire un hommage à deux grandes disparues. En effet, ma mère, qui nous a quittés le 16 décembre 2004, et ma belle-mère, décédée le 12 décembre 2005, mériteraient de beaux hommages, plus beaux que je ne suis capable d'en faire dans cette lettre. Mais c’est en partie en pensant à elles que j’ai décidé de l’envoyer. Maman, je pense, a bien plus la chance de voir cette lettre là où elle est maintenant (St-Pierre est certainement mieux branché que n'importe qui). Quant à ma belle-maman, elle aimerait sûrement la recevoir, parce qu’elle a toujours été sans nul doute la plus grande fan de M. Psytami.
J’ai donc décidé malgré tout (deux deuils, un déménagement, des "tonnes" de démarches à faire et les préparatifs de Noël) de la compléter en ce premier jour d’un congé bien mérité. En tous cas, malgré la tempête du siècle qui nous est tombée dessus un certain 16 décembre, je vous souhaite une avalanche de psybonheurs pour Noël.
Extrait de: La lettre de M. Psytami (décembre 2005).

16.12.05

Collusion

Serait-ce une collusion de nos deux mamans ?
C'était l'anniversaire de la mort de ma mère aujourd'ui-même et j'aurais pu penser descendre à Montréal pour me recueillir au columbarium.
C'était aussi la dernière fois où nous pouvions voir ma belle-mère avant la crémation, mais il aurait fallut aussi descendre à Montréal.
Mais voilà que la tempête du siècle nous tombe dessus (on s'entend que 40 cm c'est un peu moins qu'en 1971, mais on a changé de siècle dernièrement).
Nous sommes donc restés chacun chez nous, ce que nos mères auraient préféré de toute façon.
Nous avons penser à elles en regardant des photos. J'essayais de sélectionner de beaux clichés pour faire un montage hommage, ce qui m'a fait vivre de beaux souvenirs.
J'en ai profité pour remplir des boîtes (j'en suis rendue à 12 !).
Nous sommes allés dîner avec Sandra, ce qui semble avoir fait plaisir au petit Thomas qui n'a pas cessez de nous dire qu'il nous aimait comme s’il savait qu'on en avait bien besoin. Et Nicolas m'a laissé le prendre pendant une bonne demi-heure.
Les grands sourires de ces tout-petits m'ont fait comprendre que la vie a beau être fragile, elle vaut vraiment la peine d'être vécu...

15.12.05

Famille...

J'ai du mal à ne pas pleurer en pensant à ma belle-mère qui vient de mourir. J'ai du mal surtout parce que ça me rappelle ma mère...
J'ai mal parce que ça sonne trop la fin d'une époque, celle où nous étions tous sous la protection et l'amour de nos parents. Celle où les piliers centraux étaient là, malgré leur défaut, malgré leurs petits irritants, même malgré leur absence momentanée...
Nos sommes des orphelins maintenant, dispersés, sans lieux communs, sans foyer...
J'ai peur qu'on se perde de vue. J'ai jamais senti que ma famille était unie, j'ai jamais pensé qu'un jour elle me manquerait. Mais maintenant, j'ai mal et j'ai peur, pour ma famille d'adoption.
Peur de perdre Dominique, dont ça fait trop longtemps que je suis loin, et Philippe, dont je m'inquiète de l'état...
J'aimerais que les liens se ressoudent, et présentement je le ressens beaucoup plus pour ma famille d'adoption que pour ma famille d'origine.

12.12.05

Résonnance déraisonnable

Parfois la vie résonne et déraisonne...

Alors que je me préparais à vivre une semaine difficile, à penser, à rêver et à me souvenir de ma mère (elle est morte le 16 décembre 2004), voilà que ce matin, la mère de Marie-Pascale nous quitte soudainement.

J'ai beaucoup pleuré... parce que j'aimais cette mère d'adoption et que je ne m'imaginais pas la perdre aussi tôt... mais aussi, parce que de voir et d'entendre les pleurs déchirants de ses enfants, m'ont ramené un an en arrière...

Adieu Belle-Maman ! Dites bonjour à ma mère...

9.12.05

Si fragile

On n'choisit pas toujours la route
Ni même le moment du départ
On n'efface pas toujours le doute,
La vielle peur d’être en retard
Et la vie est si fragile...


On n'choisit jamais de vieillir
On voudrait rêver un peu plus
La vie n'est pas faite pour mourir
On meurt souvent bien entendu
Car la vie est si fragile...


On n'atteint pas toujours le but
Qu'on s’était fixe autrefois
On n'recoit pas souvent son du
La justice choisit ou elle va
Et la vie est si fragile...


On est seulement ce que l'on peut
On est rarement ce que l'on croit
Et sitôt on se pense un Dieu
Sitôt on reçoit une croix
Et la vie est si fragile...


Car le temps est la
Toujours la
seule justice ici-bas
On est si fragile...


On marche sur l'or ou sur l'argile
Dépend de ce qu'on a reçu
On reste tout aussi fragile
Pourquoi donc se marcher dessus ?
Car la vie est si fragile...

Paroles de Luc De Larochelière

8.12.05

Deuil par procuration

J'ai toujours été quelqu'un de facile à émouvoir.
J'ai pleuré en regardant le Roi lion, surtout quand Simba se rend compte de la mort de son père et s’imagine que c’est de sa faute.
J’ai versé une larme quand Luke a découvert que Darth Vader était... son père ! " It’s impossible! It’s not true ! " C’est l’un des rares films que j’ai réécouté en anglais et que j’ai compris.
Vous auriez dû me voir pleurer dans la scène de Fréquence quand en quelques instants le jeune policier se remémore toute une vie qui vient de changer parce que son père, une vingtaine d’année plus tôt, échappe à la mort qui lui était destiné grâce à des renseignements qui lui viennent du futur… j’en ai des frissons rien que d’y penser.
Et que dire de cette scène célèbre d’un de mes films préférés: La princesse bouton d’or (The Princes Bride). " Bonas dias, je m’appelle Inigo Montoya, tu as tué mon père, prépare toi à mourir… " Wow! Mes poils se dressent en me remémorant le combat final où il répète sa phrase à rendre dingue son ennemi.
Chaque fois, un père, un fils, et une mort certaine qui se glisse dans leur relation…
Hier, pourtant, c’est pour une mère que j'ai pleuré.
À chaude larme avec des soubresauts de tous le corps. En regardant pour la troisième fois peut-être, un épisode de la cinquième saison de Buffy. Celui où celle-ci perd sa mère de la façon la plus cruelle qu’il soit pour une super-héros : accident cérébral-vasculaire ! Pas de monstre à combattre, aucun moment de bravoure, que de l'impuissance qui vous fait flancher. Le choc de la découverte du cadavre de sa mère, la confusion de sa rencontre avec les ambulanciers, le moment où elle doit l’annoncer à sa petite sœur… Et le désarroi de ses amis, Tania, l’ancien démon qui a du mal a comprendre la tristesse qui l’habite et la peine qu’elle voit dans les yeux de ses amis, et Alex, qui faute de trouver un monstre sur lequel se venger, s’en prend au mur et y reste coincer. La première fois j’avais plus rit que pleurer. Hier, j’ai vider une boîte de mouchoir.
La vie est si fragile...

7.12.05

Mauvaise journée ? Rrrrrr...

Y a des fins de journée comme celle là où on voudrait être ailleurs. J'ai jeté un cou d'oeil au ciel en sortant de l'auto et je me suis dit que l'univers, avec sa voute toute célestre, était bien beau mais que j'aimerais le regarder d'ailleurs. Il me semble que le ciel doit être merveilleux en Alaska ou dans le Grand Nord. Que ça doit faire du bien de n'entendre que le vent souffler et de ne sentir que la poudrerie me pincer le visage... Tiens, c'est bizarre, toute la journée, j'ai chialé qu'il faisait trop froid et là je rêve d'un tour de Boréal Express.
Je suis déçu, triste même, parce que j'ai perdu une collègue aujourd'hui. En fait, elle n'est plus là depuis près d'une semaine mais là j'ai compris qu'on l'avait mis à la porte sous prétexte d'un manque d'honnêteté vis à vis le grand boss. On ne m'a pas dit si la faute commise se situait au niveau du vol de crayon, des photocopies non autorisées ou du perçage de coffre fort. Mais je m'en fous, j'ai juste perdu quelqu'un que j'aimais bien taquiner et qui contribuait à combler mon sentiment d’appartenance en me donnant l’impression de former une belle équipe. Ça fait que ma bulle est " pétée " : Nous ne sommes pas une équipe, nous sommes un groupe d'individus travaillant chacun pour soi, avec des valeurs et des intérêts probablement trop différents pour former une véritable équipe.
C'est drôle, mon boss m'a expliqué le départ de ma collègue suite à une discussion banale sur mes projets de déménagement dans laquelle j'ai avoué que nous allions un peu "tricher" avec les commissions scolaires pour que notre fils ne soit pas obligé de changer d'école. J'ai senti que j'étais tout à coup un "malfrat" (pour être honnête, j'ai probablement simplement senti que je n'avais pas son approbation et que j’avais de la difficulté à l’accepter aujourd'hui, étant maladivement en besoin d'approbation depuis l’âge de trois ans, surtout celle venant des hommes adultes plus âgés que moi qui occupe la peu enviable place de figure paternelle de remplacement chaque fois que la relation se poursuit sur une longue période ou qu'il exerce une certaine forme d'autorité sur moi qu'elle soit réelle ou imaginée... si vous avez réussit à me suivre jusqu’ici, c'est que vous êtes pas mal bon, fou ou psychologue, ou encore que vous avez eut une meilleure journée que la mienne).
Comble du bonheur, un client s'est pointé en retard et a retourné sa frustration (celle d’avoir perdu du temps qu’il doit tout de même payer, en partie à moi, en partie au boss) contre moi en me demandant maladroitement de justifier pourquoi je ne faisais pas d'effort pour m'aigrir, tout ça pour que je lui donne une réponse attendue, genre, comme, "parce que je suis écoeuré de devoir plaire à tous les bons pensant de cette terre", médecins, spécialistes, politiciens ou vendeurs de médicaments qui ne verront probablement jamais la vie avec mes yeux mais qui seront toujours convaincus de l'importance de traiter cette grosse maladie grave et responsable de tous les maux connus sur cette terre, l’obscène obésité (c'est ce que j'entends quand on parle d'obésité morbide). A quand la chasse aux gros pour faire diminuer le coût de la santé au Québec ?
J’te jure y a des soirs où j'aimerais mieux être un ours polaire... j'me régalerais bien d'une "couple" de truites anorexiques qui m'auraient traité de gros, une fois de trop!