27.9.05

Le cordonnier

Vous connaissez l'expression au sujet du plus mal chaussé. J'me sens comme ça en tant que psy, comme si un psy ne pouvait ou ne devait jamais avoir besoin d'aide. Pourtant, j'en ai eu besoin et maintenant j'en ai encore envie.
Vous auriez dû me voir à essayer de choisir un psy. Qui allait pouvoir m'aider ? Il fallait quelqu'un qui me surprène un peu, donc pas question de faire affaire avec un comportementaliste. J'ai donc opté pour une analytique (approche psychanalytique sans les tics d'une véritable psychanalyse). Encore mieux, je voulais trouver quelqu'un qui utilise plusieurs méthodes. J'ai trouvé un bon mixage : humaniste-analytique. Et entre un homme et une femme, j'ai choisis... une femme, bien entendue (comme la plupart des hommes qui ont besoins de se faire materner mais qui se tronpent la plupart du temps parce qu'une bonne psy ne joue pas vraiment à la mère). En réalité, elle était la seule de cette approche mixte, dans ma région et dont le nombre d'années d'expérience me convenait. Je ne voulais pas d'une vieille psy, probablement de peur qu'elle ne comprène pas mon style de vie ou qu'elle me serve des recettes de grand-mère. J'vous le dis, il n'y a qu'un psy pour avoir autant de préjugés sur les psys. Je ne voulais pas d'une psy aux couches non plus, de peur d'être obligé de la superviser. J'ai finalement trouvé la perle rare : moins d'années d'expérience que moi mais assez pour me surprendre avec des approches plus modernes (notamment la désensibilisation par le mouvement des yeux).
Donc, je l'avoue, je suis en psychothérapie... assis dans l'autre chaise (la plus inconfortable !). Que diraient mes propres clients s'ils s'en rendaient compte ? "Comment peut-il m'aider s'il ne peut pas s'aider lui-même ? Comment j'peux lui faire confiance si lui même est instable ?" Pire : que diraient-ils s'ils savaient que je prends des anti-dépresseurs depuis la fin du mois de Mai ? Je m'en suis fais des scénarios concernant leurs réactions, mais maintenant j'arrête de m'en faire et je me dis qu'ils devraient seulement se dire : "Il est humain ! Il nous montre l'exemple. Et en plus, il teste lui-même les produits !"
Maintenant je me sens comme un cordonnier qui a compris qu'il devait mettre son talent à se faire de belles chaussures, assez confortable pour qu'il puisse continuer à réparer celles des autres. Je m'occupe de moi, je me suis donné plus de congés et j'ai modifié mon horaire pour voir moins de monde à la fois. Je travaille sur le dueuil de ma mère qui m'a fait sombrer. Je me suis éloigné de ma soeur qui en sombrant elle-même m'entraînait au fond du gouffre (deux vaisseaux qui coulent en même temps ne sont d'aucune utilité l'un pour l'autre). Maintenant, je me concentre sur mes projets d'avenir et j'essaie de gérer mon présent et ce qu'il me fait vivre comme stress... celui des démarches qui concrétisent les rêves !

1 commentaire:

Anonyme a dit...

Bravo courageux psytami. Je pense à toi et dès que le tourbillon ralentit je te fais signe.

Réjean